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Prochains rendez-vous
La 7ème édition de la manifestation “Le 68 fait des bulles” aura lieue du 13 au 17 février 2012.
Après un spécial Comics l’an dernier, le thème de cette année est “bande dessinée et musique”. En effet, 9ème art et 4ème art entretiennent une relation ancienne, nombreux sont les auteurs de bande dessinée qui sont également musiciens.

Tous les ans au mois de novembre, le Centre National du Livre met à l’honneur les littératures étrangères en invitant des auteurs issus d’un pays différent lors de la manifestation nationale Les Belles Etrangères.
La Médiathèque Départementale et les bibliothèques du Haut-Rhin s’associent pour la septième année consécutive à cette manifestation, qu’elles déclinent et enrichissent par des soirées contées et musicales, ainsi que par la projection d’un film documentaire. Programme complet de la manifestation dans le Haut-Rhin sur notre site.
En 2009, les Etats-Unis sont mis à l’honneur.
Les Etats-Unis composent un double visage culturel : la culture populaire et la culture élitiste. Si la première rayonne dans le monde entier grâce au cinéma, à la musique et à Internet, la seconde, en revanche, est peu connue.
Terre d'exil et d'avenir, continent plein de promesses, l'Amérique du «Nouveau Monde» et de la «Frontière» donne naissance à une littérature de la fuite en avant et du devenir perpétuel, faite de contrastes et d'oppositions. Paradoxe, les immigrés de toutes origines y cherchent les racines qu'ils ont quittées. Historiquement, la culture américaine a une base anglo-saxonne. Cependant, les apports d'autres cultures contribuent à faire des États-Unis un creuset culturel.
Nous recevons cette année Andrew Sean Greer, romancier et nouvelliste. Né en 1970 de deux parents scientifiques, il est l'auteur de deux romans. Il a étudié l'écriture aux côtés de Robert Coover et d'Edmund White. Après avoir vécu à New York, à Missoula puis à Seattle, il s'installe à San Francisco, où il commence à publier des nouvelles dans diverses revues, comme Esquire, The Paris Review ou le New Yorker. Paru en 2001, son premier roman, The Path of Minor Planets, est unanimement salué par la critique. Il sera suivi en 2004 d'un autre ouvrage,Les Confessions de Max Tivoli, inspiré d'une chanson de Bob Dylan, et qui lui a valu les éloges de l'écrivain John Updike. En 2008, paraît son troisième roman, L'histoire d'un mariage, aux éditions de l’Olivier.
A l’occasion de ces Belles Etrangères USA, les bibliothécaires du Haut-Rhin vous proposent d’explorer la littérature américaine contemporaine. Nous commençons par le compte rendu d’Eric Keller (Médiathèque de Wittenheim) sur une formation qui s’est déroulée à la Médiathèque Départementale.
La littérature américaine est ici présentée des années 1950 à nos jours. Après 1945, durant les années 50 et 60, il y a eu une production importante et une ouverture des vannes qui se sont traduits par une arrivée massive de littérature américaine en France, phénomène qui n’existait pas avant.
Il faut envisager la littérature américaine à l’échelle des Etats-Unis, c’est-à-dire comme un continent, ce qui fait une grande différence avec la littérature française par exemple.
On peut dire que cette littérature est un peu centrée sur New York, on peut également faire une distinction entre la côte est et la côte ouest, avec comme noyau New York . Mais il faut conserver à l’esprit que les auteurs américains voyagent beaucoup, la transhumance est permanente, contrairement à la France où en-dehors de Paris il y a peu d’opportunités pour la littérature et où les gens se déplacent moins. Certains auteurs américains ne sont pas présents aux USA. Ainsi il n’y a pas de situation géographique pour la littérature américaine, par contre on y voit des grands courants ainsi que des tendances fortes.
L’élément fondateur de la littérature américaine contemporaine est le discours de Martin Luther King, le thème du racisme et de races en général. L’élection d’un président noir est une révolution aux USA, continent où les frontières n’existent plus. Un exemple de littérature post-racisme : James Baldwin avec Harlem Quartet. Un autre thème récurent est la sexualité avec Arthur Miller, Anaïs Nin et Armistead Maupin (homosexualité).
Nous allons parler des différents auteurs américains depuis les années 50 en les classant par affinités et thèmes traités dans leurs romans.
Richard Ford, auteur très prolixe : Un week-end dans le Michigan. Il s’agit d’un courant qui traite des grandes banlieues américaines tracées au cordeau qui sont à l’extérieur des grandes métropoles et qui sont les premières touchées par la crise. Laura Kasischke, même courant : Des rêves de garçon, A moi pour toujours. Dans ces romans nous avons l’impression de prime abord que tout va bien mais si on y regarde de plus près ce n’est pas le cas. Un petit détail, un rien, fait tout basculer, parfois dans le drame.
La dimension historique est une autre thématique importante des romans américains contemporain. L’histoire aux USA commence avec le Mayflower et Georges Washington. Les nouveaux arrivants trouvent une terre vierge et pensent qu’ils feront mieux qu’en Europe même si pour cela il faut massacrer les indiens. Au départ il y a des luttes entre les anglo-saxons, les français et les allemands, avec au final une préséance des premiers mais les influences resteront multiples. Lire John Steinbeck, Jack London, Mark Twain et aujourd’hui Cormac McCarthy avec La route, où la nature est hostile et sauvage après l’apocalypse. La marche de E.L. Doctorow traite également de l’apocalypse. Ces romans sont assez désespérés. Dans Le pays n’est pas pour le vieil homme de Cormac McCarthy la violence est permanente et au premier degré.
Le thème des problèmes ethniques est assez récurent: Toni Morrisson, afro-américaine et auteur majeur, dernier ouvrage paruUn don. A lire aussi de cet auteur Beloved avec pour thème l’esclavage et l’après esclavage. Autre ethnie aux USA, les juifs, avec une littérature importante, voir les livres de Daniel Mendelsohn, tel que Les disparus. Dans ces romans, ce qui est typique de la littérature américaine, les chapitres sont très courts et s’agencent entre eux petit à petit. James Welsch La mort de Jim Loney qui parle des indiens, comme Tony Hillerman qui parle des indiens d’Amérique actuels. Lire l’histoire émouvante d’un indien dans Une année dans la vie de Johnny Fehr de David Bergen.
Il y a bien sûr le thème de l’environnement et des grands espaces : les américains sont très fiers de leur pays et n’hésitent pas à le mettre en scène dans leurs romans comme H. D. Thoreau Walden où la vie dans les bois. Courant auquel appartiennent également les beatniks (Jack Kerouac Sur la route) et les hippies. Les grands espaces sont très représentés dans la collection Terre d’Amériquechez Albin Michel.
A découvrir Thomas Pynchon : Vente à la criée du lot 49 ou Edward Abbey avec Le gang de la clé à molette, où un petit groupe de personnes se réunit pour commettre des actions ultra minoritaires et ultra violentes (comme à Poitiers et à Strasbourg lors de la visite de Barack Obama au pont de Kehl) le tout raconté avec beaucoup d’humour. Idem pour Joseph Boyden Le chemin des âmes.
Nous trouvons aussi dans cette littérature les récits de l’intime : Jay McInerney, Bret Easton Ellis qui mettent en scène le cynisme des années 90, avec beaucoup d’argent de drogue et de sexe. Judith Freeman Dernières épouses qui parle de polygamie chez les Amish, White palace de Glen Savan, très beau livre d’amour, Anatomie de Goldman du même auteur, à contrario du trash Charles Bukowski. Voir aussi Raymond Carver, uniquement nouvelliste.
Les guerres sont bien sûr présentes dans cette littérature : Des nus et des morts de Norman Mailer sur la seconde guerre mondiale. Le Vietnam avec Kent Anderson Sympathy for the devil et Chiens de la nuit.
Sans oublier les romans policiers avec James Ellroy ou R.J. Ellory avec Vendetta qui parlent de la mafia avec des sujets et des scènes très durs. Truman Capote avec De sang froid qui n’est pas un roman mais un reportage sur les raisons qui ont poussé un homme à devenir un tueur en série. Cet ouvrage parle de l’amérique sociale. Dean Chaon écrit des nouvelles qui sont très bien même pour les personnes qui n’aiment pas ce genre. L’atmosphère y est assez désespérée. Iain Levison a écrit un livre américain mythique : Un petit boulot, roman de l’amérique sociale où un homme pour échapper au chômage et à la crise accepte un boulot de tueur à gage.
Parmi les ouvrages récents sur l’amérique depuis le 11 septembre : Les enfants de l’empereur de Claire Messud et l’anthologie intituléeNew York dans la collection Bouquins.
Pour terminer quelques auteurs et ouvrages incontournables, majeurs : Philip Roth, juif new-yorkais dont la vie fournit la matière de ses romans. Edgar Hilsenrath Fuck America, Thomas Cook qui a écrit des romans de mœurs et Lionel Shriver avec Il faut qu’on parle de Kevin.
Nous avons eu, dans cette formation animée par un libraire, la confirmation que la production en littérature américaine est vaste à l’image du continent traversée.
Ces dernières années, on a pu découvrir de nouveaux talents comme Louise Erdrich, Jay Mc INERNEY, Jonathan Safran FOER , une belle palette de romanciers(res) qui évoquent leur pays, chacun à leur manière.
Quelques titres se dégagent par leur sensibilité, leur intelligence, leur originalité.
- L’Ami allemand de Joseph KANON paru chez Belfond en 2003 : se déroule à Berlin durant l’été 1945. Un roman d’espionnage, une histoire d’amour mais surtout une plongée dans cette ville ruinée. Un journaliste américain enquête sur la mort d’un soldat dans le secteur russe de la ville. Un roman fort bien documenté sur cette immédiate après-guerre où la vie se réorganise, où se dessine un nouveau monde politique. Une page d’histoire peu présente dans la littérature contemporaine qui est très instructive.
- Mille femmes blanches de Jim FERGUS paru au Cherche-Midi (coll. Ailleurs) en 2000 : ce roman relate une histoire admirable de femmes blanches que le gouvernement américain va envoyer vers l’ouest afin d’y épouser des Indiens. Un roman tiré de faits historiques d’après des carnets rédigés par une de ces femmes. L’auteur rend hommage à la culture indienne qu’il semble bien connaître.
- La Chorale des maîtres bouchers de Louise ERDRICH chez Albin Michel , 2005 (coll. Terres d’Amérique) : ce roman nous emporte dans l’Amérique des années 20 jusqu’aux années 50 . On suit l’itinéraire d’un jeune soldat allemand qui s’exile en Amérique avec pour tout bagage une valise pleine de couteaux et de…saucisses qu’il va vendre pour se payer le train. Il rêve de se rendre à Seattle sur la côte ouest mais, faute de moyens, atterrit dans le Dakota du Nord. Il s’y installe, ouvre une boucherie et fonde une chorale.
- La Belle vie de Jay Mc INERNEY – Editions de l’Olivier, 2007 est une belle réussite. C’est un roman qui nous parle de l’après 11 septembre 2001. Dans le quartier branché de Tribeca , un jeune couple va vivre sa dernière soirée d’insouciance. Leur monde va basculer, leurs repères disparaître. Corrine découvre le monde du bénévolat, l’entraide avec les familles des disparus. L’auteur critique un certain milieu new-yorkais qui voue un culte à l’argent et choses futiles. Roman grave, sombre qui questionne tout un chacun. A découvrir…
- Les Heures de Michael CUNNINGHAM paru chez Belfond en 1999 (Prix Pulitzer).
Un roman remarquable où 3 voix de femmes s’entremêlent ; celles de Virginia WOOLF, celle de Mrs Dalloway (personnage de fiction d’un des romans de V. Woolf) et celle de Mrs Brown, personnage de fiction de l’auteur. Celle-ci, femme au foyer étouffe dans sa vie de provinciale s’échappant grâce à son roman intitulé Mrs Dalloway! Les époques se télescopent. Le roman débute en 1941 avec le suicide de V. Woolf puis on retrouve Mrs Brown dans les années 50 pour finir avec Mrs Dalloway à la fin du 20e siècle. La fiction et la réalité se rejoignent dans un roman qu’on n’oublie pas de sitôt. (On peut prolonger la lecture avec le très beau film Les heurestrès fidèle au roman, interprété avec brio par Nicole KIDMAN)
Je termine avec mon dernier grand coup de cœur : Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates de Mary Ann SHAFFER – Nil Editions, 2009. Roman épistolaire de l’après-guerre très émouvant entre une américaine et des habitants de l’île de Jersey. On fait la connaissance de personnages haut en couleurs, on découvre l’histoire pendant la seconde guerre mondiale de cette petite île. Un petit bijou (à mon goût) Nous rappelle le très beau livre 84 Charing Cross Road de Helene HANF.
Un roman qui nous plonge dans le monde étrange et fascinant de la communauté des Mormons, en Utah, fin du 19e siècle. Trois récits se succèdent, écrits par trois des femmes du patriarche John D. Lee, après son exécution prononcée suite à un massacre d’émigrants auquel il a participé. Par les voix de ces femmes, nous découvrons une société rurale, vivant dans une contrée inhospitalière, très dure, menant une vie de labeur, dans la pauvreté et la violence , rythmée par les travaux agricoles l’élevage de bétail. C’est surtout une communauté dévouée au patriarche, le Père comme l’appellent ses innombrables "épouses-sœurs". Le premier témoignage est celui d’Emma, la 17e épouse, longtemps satisfaite de son sort, soumise sans discussion au lois de la communauté et fidèle à son mari, mais elle découvrira la véritable nature de Lee, violent et fanatique. Ann, la 19e (et dernière) épouse n’a que treize ans lorsqu’elle se marie à John D. Lee, elle devient sa favorite, mais prend peu à peu conscience de sa condition, se rend compte qu’il lui a volé sa jeunesse,et se rebelle. La dernière, Rachel, la plus fanatique, lui restera fidèle " il a eu dix-neuf femmes qui lui ont donné soixante-trois enfants… Je suis la seule qui reste pour défendre son nom et son honneur ".
Ce roman, basé sur des personnages réels et des faits historiques, nous fait découvrir une société patriarcale, baignant dans l’autoritarisme et le fanatisme religieux, où le pouvoir spirituel et temporel est concentré aux mains de quelques personnes.
Thelonius Monk Ellison est un écrivain noir américain, brillant professeur à l’Université, auteur d’essais érudits sur Barthes, le Nouveau Roman, et de romans qui n’ont pas le succès escompté. Un jour, dans une librairie appartenant à une chaîne commerciale, le "Carrefour du livre", il trouve son essai "Les Perses" dans le rayon études afro-américaines , pas vraiment l’endroit indiqué pour un tel sujet. Il est d’autant plus contrarié lorsqu’il voit de la publicité pour le best-seller « Not’vie à nous dans le ghetto », écrit par un auteur noir, encensé par la critique, et qui réunit tous les poncifs sur la communauté noire. Monk en lit quelques pages, le repose, dégoûté par cette prose, cette sous-littérature dont le style argotique est sensé être "une langue vraie, mettant en scène des personnages authentiques".
En proie à des difficultés financières, il se met à écrire un livre parodique du roman noir, Ma Pataulogie, sous un nom d’emprunt. Un texte reproduit en entier dans le livre (80 pages particulièrement indigestes), à mille lieues du style véritable de l’auteur. Il l’envoie à un éditeur, le succès ne se fait pas attendre, et voilà Monk pris dans un véritable piège dont il a du mal à se dépêtrer, d’autant plus que sa vie privée et familiale est loin de tout repos. Un livre qui pose des questions, avec humour et dérision, sur l’écriture, la littérature, le style « black », l’identité afro-américaine , et se moque des milieux littéraires et éditoriaux.

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